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Branly, un musée polydriquement savoureux

  • Photo du rédacteur: gleniosabbad
    gleniosabbad
  • 2 oct. 2025
  • 5 min de lecture

Par Glênio S. Guedes (avocat au Brésil)


SURTOUT, NE PAS DÉRANGER !
Python sacré Yurlunggur, Terre d’Arnhem, Australie, 1963. Auteur : Bininjyiwui. « Un jour, le serpent Yurlunggur reposait dans son point d’eau, soigneusement tapissé de feuilles d’eucalyptus, lorsqu’il fut brusquement réveillé par des pas et des voix. Furieux d’avoir été importuné, il avala tout crus les malheureux intrus. Puis, il les régurgita sous forme de rochers et, dans sa rage, provoqua une pluie diluvienne. Ce récit du Temps du rêve fut rapporté par Bininjyiwui, peintre aborigène de la Terre d’Arnhem, sur une peinture sur écorce. Il prend place dans les cérémonies d’initiation des jeunes adolescents. »

Il y a des musées qui gardent des objets et d’autres qui racontent des histoires. Et puis il y a le Musée du Quai Branly, l’un des meilleurs musées de Paris, qui fait quelque chose de différent : il propose un langage. Visiter le Branly n’est pas seulement parcourir des galeries et admirer des pièces ; c’est s’engager dans un acte de lecture, déchiffrer un texte complexe et polyphonique sur les cultures non occidentales. Sa nature sui generis réside précisément dans sa transversalité, dans la manière dont il nous invite à abandonner une narration unique pour explorer un réseau de significations. En utilisant le guide Objectif musée du quai Branly comme carte et la sémiotique comme boussole, je propose ici un critère de visite qui embrasse cette richesse, transformant le visiteur en un lecteur actif dans ce fascinant espace sémiotique qu’est le Branly.


Le musée comme langage


L’approche sémiotique nous enseigne que le musée est un moyen de communication, un système dynamique qui organise des signes — les objets — pour construire des discours sur la culture. Ces objets ne parlent pas d’eux-mêmes : ils sont investis de sens par le processus de muséalisation, qui les transforme en « représentations culturelles ». Le guide du Branly, de façon brillante, nous offre deux manières principales de lire ces représentations : un parcours géographique et une série de parcours thématiques transversaux.


La lecture géographique : le syntagme de la visite


La première proposition du guide est un parcours continental, suivant le code des couleurs au sol du musée : Océanie, Asie, Afrique et Amériques. C’est la lecture syntagmatique, une séquence organisée qui nous conduit à travers différents univers culturels, semblable à la manière dont nous organisons le récit de nos vies en une ligne chronologique.


  • Océanie : La peinture sur écorce du python sacré Yurlunggur n’est pas seulement une image : c’est un fragment narratif du « Temps du Rêve » qui ancre la mémoire mythique des Aborigènes. Un crâne trophée de Papouasie-Nouvelle-Guinée, décoré et préservé, cesse d’être un reste mortel pour devenir un symbole d’énergie, de puissance et de protection ancestrale.

  • Asie : Un costume de chaman de Mongolie porte des franges qui symbolisent des ailes et des serpents de tissu qui représentent des forces souterraines. Il ne s’agit pas d’ornements, mais de signifiants précis dans le système rituel qui communique le voyage spirituel du chaman.

  • Afrique : Une statuette de maternité Zlan est une icône de fertilité, mais ses scarifications et sa coiffure sont des indices du statut social. Une statuette nkisi d’Afrique équatoriale, remplie de clous, fonctionne comme un signe actif : chaque insertion matérialise un pacte, une demande, une guérison. Ici, le musée ne montre pas seulement des symboles, mais des registres sociaux concrets.

  • Amériques : La robe d’exploits des Sioux est littéralement un texte visuel qui raconte les batailles vécues par son porteur. Le masque de transformation Kwakiutl, qui révèle un autre visage caché, exprime la métamorphose centrale dans la cosmologie de ce peuple — entre humain et esprit, visible et invisible.


La lecture transversale : au-delà de la géographie


C’est dans les parcours transversaux que la nature sui generis du Branly se révèle avec le plus d’intensité. Le guide invite à rompre la linéarité géographique pour créer de nouvelles connexions, dans une lecture paradigmatique qui traverse les continents.


  • « L’odyssée des masques » : Le masque ne représente pas seulement un esprit : il le rend présent. Le masque Fang du Gabon, couvert de kaolin blanc, incarne le pouvoir des ancêtres ; le masque à igname de Papouasie célèbre la fertilité ; le masque n’tomo du Mali guide l’initiation des jeunes. Icônes, indices et symboles coexistent dans cet opérateur visuel d’identité et de métamorphose.

  • « D’or et d’écailles » : Ici, la matière première est signe. L’or d’une couronne de Sumatra ne communique pas seulement la richesse, mais la divinité et l’autorité. Les plumes Wayana relient le porteur au monde des oiseaux, médiateurs avec le sacré. Les coquillages cauris sur des masques Dogon évoquent la prospérité. La substance cesse d’être un ornement pour devenir un code.

  • « Mythes, contes et légendes » : Des objets comme le moai kava-kava de l’île de Pâques incarnent des récits mythiques, fonctionnant comme un relais entre la matérialité de la sculpture et l’immatérialité de la légende. Ce sont des témoignages tangibles d’univers invisibles.


Le Branly et la vie contemporaine


La grande contribution du Branly est de nous montrer que le sens est toujours relationnel et instable. Un objet, retiré de son contexte d’origine, devient un « objet-devenir » : porteur de multiples lectures possibles. Il en va de même pour nos expériences : diplômes, pertes, voyages. Chaque événement acquiert des sens différents au fil du temps, traversant nos propres « parcours transversaux » — amour, apprentissage, ambition, finitude.

La visite géographique correspond à la biographie chronologique ; les parcours thématiques, aux grandes forces qui traversent notre vie. Un masque Okuyi du Gabon, inscrit dans un rite funéraire, dialogue avec un masque funéraire de Colombie et nous rappelle l’universalité de la mort. Ainsi, en tant qu’individus, nous sommes aussi des textes composés de chronologies et de métaphores transversales.

Le Branly enseigne qu’aucune culture n’est une île — et aucun individu non plus. Le musée, avec son jardin vertical ouvert à la ville et son architecture perméable, refuse l’isolement. Il nous rappelle que les cultures ancestrales ne sont pas figées : elles restent vivantes, réinterprétées par des artistes autochtones et afrodescendants invités par le Branly lui-même à dialoguer avec les collections.

C’est là la leçon cruciale : apprendre à vivre dans la polysémie, à reconnaître la complexité contre les récits simplistes. En temps de polarisation, la compétence de lecture que le Branly nous offre — voir le monde comme un réseau de signes — est une pédagogie pour la vie.


Bibliographie


  • BARTHES, Roland. L’obvie et l’obtus : Essais critiques III. Paris : Seuil, 1982.

  • CRIPPA, Giulia. “Museus e linguagem: uma análise semiótica das interações entre museus e cidades”. Letras, Santa Maria, v. 23, n. 46, p. 133-152, jan./jun. 2013.

  • HORTA, Maria de Lourdes Parreiras. “Semiótica e Museu”. In: Estudos de Museologia. IPHAN, 1994.

  • LAGE, Lucas Emanuel Pereira. “Expologia e Semiótica: a significação e comunicação de objetos em museus”. In: Encontro Regional da ANPAP SUL, 2021.

  • LAVAQUERIE KLEIN, C. ; PAIX-RUSTERHOLTZ, L. Objectif musée du quai Branly: Le guide des visites en famille.

  • SILVEIRA, Andréa Reis da. Teoria do Objeto. Indaial: UNIASSELVI, 2022.

 
 
 

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