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Le Mot comme Signe et Fragment Conceptuel du Monde. En avons-nous vraiment conscience ?

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    gleniosabbad
  • 9 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Auteur : Glenio S. Guedes ( avocat au Brésil )


«Chaque mot est un morceau de l’univers. Un morceau qui manque à l’univers. Tous les mots réunis forment l’Univers.»— Almada Negreiros


Il existe des ouvrages qui ne se lisent pas simplement : ils nous révèlent à nous-mêmes. Celui de Mário Vilela appartient à cette catégorie rare. Il rappelle que le mot n’est jamais une simple étiquette, mais une matière vivante, un fragment du monde confié à notre voix, une parcelle de réalité que nous façonnons sans le savoir.

Depuis Saussure, on répète que le mot est un signe. Mais le signe n’est que la surface des choses. Sous cette surface vibrent l’histoire, l’affect, la mémoire collective. Tout mot porte en lui les traces des combats anciens, les inquiétudes d’une époque, les visions successives qui l’ont façonné. Nul langage n’est neutre : chaque terme est chargé d’un passé qui le dépasse.

La métaphore, loin d’être un ornement, est l’ossature première de la pensée. Nos catégories juridiques, politiques, morales en dépendent. Nous parlons du poids d’une décision, de la chaleur d’un geste, de la hauteur d’une conduite, et ce glissement du corps vers l’esprit constitue notre première manière de comprendre le monde. Priver la pensée de métaphore serait lui ôter sa boussole.

Le danger n’est pas dans l’usage, mais dans l’inconscience. Nous prononçons des mots comme on paraphe un acte sans le lire. Dire peuple, sécurité, corruption n’est jamais indifférent : chaque vocable porte une présomption, un soupçon, parfois un verdict implicite. Le juriste, le magistrat, l’avocat savent que le choix d’un mot peut orienter une décision, déplacer un débat, créer une atmosphère.

Nommer, c’est exercer un pouvoir. C’est tracer une frontière ou l’abolir, ouvrir une perspective ou la refermer. Si chaque mot est, selon Almada, un fragment d’univers, alors nommer revient à définir la part du réel que nous acceptons de reconnaître. Ce que nous ne pouvons pas nommer reste dans la nuit.

Il nous faut donc réapprendre à écouter les mots : écouter non seulement leur son, mais leur densité, leur charge symbolique, leurs effets presque jurisprudentiels. Car le mot qualifie, accuse, disculpe ; il façonne la manière dont une société se juge elle-même.

La question demeure :avons-nous conscience du pouvoir conceptuel des mots ?

Souvent, non. Et pourtant, une seule évolution lexicale peut suffire à modifier le climat d’une nation. Un mot nouveau éclaire une idée ; un mot perdu obscurcit une époque. Nous habitons le monde que nos mots rendent perceptible.

Prendre conscience de cela n’est pas un exercice académique : c’est un acte de lucidité, presque une éthique. Vivre dans la langue, c’est assumer la responsabilité de penser ce que l’on dit et de savoir ce que l’on fait lorsque l’on nomme.


Bibliografia


  • VILELA, Mário. Metáforas do Nosso Tempo. Coimbra: Almedina, s.d.


 
 
 

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