Marie-Thérèse Chappaz, la magicienne du vin biodynamique du Valais
- gleniosabbad
- 20 oct. 2025
- 4 min de lecture
Par Glênio S Guedes ( avocat au Brésil )
« Le vin est issu d’un vignoble travaillé avec amour, dans le respect de la terre et du temps.
»— Marie-Thérèse Chappaz, Domaine des Claives, Fully
1. Au seuil de la montagne
Le 5 juillet 2024, le soleil du Valais baignait les terrasses de Fully d’une lumière presque minérale.
Les vignes montaient en gradins vers les neiges éternelles, leurs feuilles vibrant sous le vent chaud du foehn.
J’ai été accueilli par Greg, le bras droit de Marie-Thérèse Chappaz, et par l’équipe de confiance qui veille sur le Domaine des Claives.
Tous travaillent dans un silence attentif, comme s’ils gardaient un secret de la terre. Ici, le geste se mesure, la parole s’efface, et la vigne, lentement, répond.
2. Le Valais : une géographie intérieure
Comme le rappelle Jean-Paul Schwindt dans Les vins suisses. Des origines à l’horizon 2050 (Presses polytechniques et universitaires romandes, 2024), la viticulture helvétique a traversé crises et renaissances : du phylloxéra aux révolutions écologiques, des quotas nationaux aux audaces locales.
Il y a un siècle, la Suisse comptait trente mille hectares de vignes ; aujourd’hui, la surface a diminué de moitié, tandis que la population a triplé.
Et pourtant, dans ce contexte de retrait, le Valais a su grandir : il est devenu la conscience vivante du vin suisse, un laboratoire de résilience.
Selon Les vins du Valais, passionnément ! (2023), cette région « à la tête dans les étoiles » vit au rythme de la lumière et du vent.
Les pentes y sont si abruptes qu’on les cultive comme des jardins suspendus ; les sols alternent entre calcaire, schiste et granit.
Sous un climat sec et solaire, le Valais unit la rigueur alpine et la douceur méditerranéenne.
Cette tension entre feu et glace, entre verticalité et grâce, façonne des vins d’une clarté unique.
C’est dans ce paysage que le Domaine des Claives, à Fully, semble respirer — un amphithéâtre de pierres et de soleil où la vigne apprend à dialoguer avec la montagne.
3. La biodynamie comme prière
Chez Chappaz, la vigne est considérée comme un être vivant, sensible aux rythmes lunaires et au murmure des saisons.
Le cheval y laboure la terre ; les infusions végétales remplacent les produits chimiques ; les fûts s’ouvrent lentement à la respiration du vin.
Cette approche, plus spirituelle que technique, vise à rendre la nature à elle-même : un équilibre entre la main et le cosmos.
Greg et son équipe parlent de « soins » plus que de « travail ».
Et le vin, lorsqu’il naît, garde cette sérénité : une présence pure, sans violence ni artifice.
4. Le Grain Ermitage : le vin-méditation
Dans la fraîcheur de la cave, un verre d’or : le Grain Ermitage, issu de la Marsanne blanche.
Le nez évoque l’abricot sec, la cire, la résine et la pierre chaude. En bouche, une lenteur : un vin qui ne coule pas, mais s’installe, profond, presque contemplatif.
Il parle peu, mais longtemps — un vin-silence, un vin-prière. Chaque gorgée semble tenir en suspens la gravité du monde.
5. Le Fendant de Plamont : la joie du quotidien
Puis vient le Fendant de Plamont 2022 – élevage long en demi-muid, un vin clair et lumineux.
La Chasselas, cépage modeste du Valais, y révèle sa noblesse : fleurs blanches, pomme verte, touche saline.
On y perçoit la franchise du rocher et la douceur de la main humaine. C’est un vin de partage, celui qu’on ouvre pour la lumière du jour, pour la simple gratitude d’exister.
Si le Grain Ermitage invite au recueillement, le Fendant célèbre la joie tranquille du monde.
6. La Petite Arvine : l’éclat d’une âme
Mais c’est sans doute dans sa Petite Arvine que la signature de Marie-Thérèse Chappaz atteint sa plénitude.
Ce cépage valaisan, capricieux et lumineux, trouve entre ses mains une expression presque mystique.
La Revue du Vin de France l’écrit :
« Marie-Thérèse Chappaz n’a pas son pareil pour tirer de la Petite Arvine un liquoreux époustouflant. Sa cuvée Grain Noble 2001 (Fully) présente des nuances de fruits secs, avec une touche de mirabelle, d’épices et de camphre au nez. La bouche est splendide, la trame racée. »
Ce vin ne cherche pas l’excès : il se tient sur la crête entre force et douceur. Il a la densité du miel et la fraîcheur de la neige — l’âme du Valais liquéfiée.
7. Le domaine, lieu d’équilibre
À la Cave de Liaudisaz, chaque fût semble écouter la respiration du lieu. Les murs en pierre, la lumière filtrée, le calme absolu : tout parle de continuité. Le vin n’y est pas produit, mais écrit, lentement, comme une phrase que le temps corrige. Ce que l’on appelle « biodynamie » prend ici un autre nom : l’attention. Une forme d’intelligence silencieuse, héritée de la montagne elle-même.
8. Le Valais, miroir de l’éternité
Dans les rues de Fully, une inscription latine — Tempus fugit, aetas transit, stat aeternitas — semble décrire le travail de Chappaz.
Ses vins n’abolissent pas le temps : ils le recueillent. Chaque millésime est une mémoire ; chaque gorgée, un instant suspendu.Le vin, ici, devient langage : la traduction lente du vivant en clarté.
Et dans ce geste — humble, précis, lumineux —, le Valais tout entier se reflète : terre de pierre, de silence et d’éternité.
9. L’avenir déjà présent
L’avenir que Jean-Paul Schwindt imagine pour 2050 — un vignoble restructuré, écologique, attentif à l’emballage comme à la culture — vit déjà à Fully. Marie-Thérèse Chappaz incarne cette révolution tranquille où l’éthique devient esthétique, où le plaisir se confond avec le respect. Elle ne fait pas que produire du vin : elle offre une vision — celle d’une Suisse qui réconcilie la terre et le temps.
Bibliographie
– Les vins du Valais, passionnément ! — Swiss Wine Valais, 2023.
– Vignerons essentiels : Entre tradition et innovation — Jérémy Cukierman & Leif Carlsson, Éditions de La Martinière, 2020.
– La Revue du Vin de France – Les meilleurs vins de Suisse.
– Les vins suisses. Des origines à l’horizon 2050 — Jean-Paul Schwindt, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2024.


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