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Latin et Grec nous sont inhérents

  • Photo du rédacteur: gleniosabbad
    gleniosabbad
  • 1 oct. 2025
  • 4 min de lecture

« Les vrais punks du XXIe siècle, c’est vous. »— Andrea Marcolongo

Par Glenio S. Guedes (avocat au Brésil)


En tant que fervents lecteurs d’Andrea Marcolongo, nous avons suivi avec passion son combat pour redonner noblesse aux langues anciennes. Son dernier opus, Pourquoi étudier le latin et le grec n’est pas inutile, est un plaidoyer vibrant qui s’adresse directement à la nouvelle génération. Plutôt que de simplement admirer son propos, nous souhaitons ici le prolonger : rassembler ses arguments clés, les confronter aux défis de notre temps – notamment celui de l’intelligence artificielle – et les enrichir d’un parallèle avec la rigueur intellectuelle d’une autre discipline fondamentale : le droit romain.


La Substance d’un Combat : au-delà de l’Utilité


Le cœur de l’argumentaire de Marcolongo tient en une idée force : il faut cesser de juger les humanités classiques à l’aune d’une « utilité » matérielle et immédiate. Une langue, nous rappelle-t-elle, n’est pas un tournevis. Leur véritable valeur est ailleurs : elles sont avant tout un exercice de construction de soi.

En nous confrontant à des mondes lointains mais profondément humains, elles nous apprennent que nous ne sommes pas seuls face aux grandes questions de l’existence. Elles sont le véhicule de la transmission, ce « trésor à la valeur inestimable » qui nous relie à des millénaires de pensée, de doutes et de rêves. Plus encore, elles sont une école de la liberté. Traduire, c’est choisir. Chaque mot ambigu, chaque structure complexe est une invitation à exercer notre esprit critique (du grec κρίνω, krinô, « choisir »), cette « grammaire de la liberté » qui nous forme à devenir des citoyens conscients et responsables.


L’Esprit Critique face à l’Esprit Artificiel


Marcolongo évoque les « sirènes contemporaines » qui prônent l’inutilité des langues anciennes face à l’avènement de l’intelligence artificielle. À ce stade, sa défense, déjà solide, mérite d’être aiguisée. L’IA peut, en quelques secondes, fournir une traduction. Mais elle accomplit la tâche en nous dépossédant du processus. Elle nous livre un résultat sans l’effort, un savoir sans la connaissance.

Or, la valeur de la version latine ou grecque ne réside pas uniquement dans le texte final, mais dans la gymnastique mentale qu’elle impose : l’humilité face à l’incertitude, la patience de la recherche dans le dictionnaire, la logique nécessaire pour assembler les pièces du puzzle grammatical. L’IA est un puissant outil, mais elle ne remplacera jamais cette formation de l’esprit. Elle donne des réponses ; le latin et le grec nous apprennent à poser les bonnes questions et à construire nos propres réponses. Loin d’être obsolète, cette compétence est vitale dans un monde saturé d’informations prémâchées.


La Méthode des Anciens : du Droit Romain à la Traduction


Cette exigence de méthode, qu’aucune machine ne saurait remplacer, trouve un écho frappant dans un autre domaine fondateur : le droit romain. La méthodologie des juristes romains (Gaius, Ulpien, Papinien) n’était pas celle d’une application mécanique de lois, mais celle d’une analyse casuistique (casus), où chaque situation était disséquée avec une précision extrême pour y appliquer le bon principe (regula).

Cette démarche est une image miroir du travail de l’helléniste ou du latiniste :

  • L’analyse grammaticale d’une phrase de Cicéron, où chaque cas, chaque proposition subordonnée doit être identifié pour que le sens émerge, est de même nature que l’analyse par un juriste d’un contrat ou d’un litige.

  • Le choix crucial du mot juste dans une traduction, face aux dix options offertes par le dictionnaire, est analogue à la qualification juridique des faits, où le juriste doit choisir la catégorie légale la plus pertinente.

Dans les deux cas, la langue est le terrain d’exercice d’une pensée qui structure, hiérarchise et argumente. Étudier le latin et le grec, c’est donc s’initier, sans le savoir, à l’ossature intellectuelle qui a fondé le droit occidental. C’est apprendre à construire un raisonnement cohérent, une compétence indispensable bien au-delà des salles de classe.


Pour un Humanisme « Punk » et Conquérant


Comment, dès lors, attirer les nouvelles générations ? Peut-être en arrêtant de nous justifier. Marcolongo nous offre une piste formidable en qualifiant les jeunes latinistes et hellénistes de « vrais punks du XXIe siècle ». Embrassons cette image.

L’étude des langues anciennes est aujourd’hui un acte de résistance. C’est refuser la facilité, la superficialité et l’immédiateté. C’est choisir le temps long de la réflexion contre le temps court de la réaction. Présentons-la non comme un héritage poussiéreux à préserver, mais comme un entraînement de haut niveau pour l’esprit, un avantage compétitif dans un monde complexe. Apprendre le grec et le latin, c’est s’offrir les moyens de décoder les structures profondes du langage, du droit, de la politique et, finalement, de la pensée elle-même.


Conclusion


En conclusion, les arguments d’Andrea Marcolongo, loin d’être affaiblis par notre époque, y trouvent une résonance nouvelle et urgente. Enrichi par le parallèle avec la méthode juridique romaine et affûté face au défi de l’IA, son plaidoyer nous invite à voir dans les humanités classiques non pas une fin en soi, mais le plus sûr moyen de forger des esprits agiles, critiques et, en définitive, profondément libres.

En définitive, le latin et le grec ne sont pas des savoirs que l’on possède : ils sont une structure de pensée qui nous constitue. Ils nous sont inhérents.

 
 
 

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